vendredi 2 novembre 2018

Pourquoi Louis appartient aux compagnons du devoir ?


Pour créer les deux personnages principaux de mon roman, j’ai dû répondre à deux questions essentielles : comment peuvent-ils véhiculer la notion abstraite de transmission inconsciente ? Sur quelles valeurs, mon héroïne Inès et mon héros Louis, indissociables l’un de l’autre, peuvent se retrouver dans une idylle crédible ? Une fois répondu à ces deux questions, je ferai état, dans un dernier paragraphe, d'éléments complémentaires induits par ce choix.
Pour décrire la transmission inconsciente, notion particulièrement abstraite, j’ai jugé important de commencer par évoquer la transmission consciente qui constitue un préalable à la première. Hors la corporation des compagnons du devoir compte parmi les meilleurs dans ce domaine et ceci depuis le moyen âge et la construction des cathédrales. Ces artisans s’engageaient dans des chantiers (de 80 ans à plusieurs siècles) qui dépassaient largement leur espérance de vie. De ce fait, au sein d’une même lignée, plusieurs générations successives partageaient ensemble la responsabilité de la réussite de l’ouvrage d’art. La transmission fondamentale à cette époque ne se limitait déjà pas aux paroles ; elle était ancrée par l’exemple des aînés et par le geste. Sur la base de cette description, j’ai pu en négatif ouvrir le champ aux comportements qui nous échappent (œuvre de l’inconscient). L’évènement déclencheur de ce dérèglement corps/esprit est présenté dès le 1er chapitre « La fausse note de Noël » : le héros perd le contrôle de ses mains, premier signe d’un fardeau transgénérationnel.

Pour étayer la crédibilité du couple Inès et Louis, j’ai cherché sur quelles valeurs ils pourraient se retrouver : Inès appartient à une aristocratie de petite noblesse avec un attachement aux valeurs que cela suggère ; en miroir, le personnage de Louis nécessite une appartenance à une corporation qui le porte vers des valeurs comparables.  Hors les compagnons du devoir, dont la formation implique une vie partagée dans une communauté et un tour de France, défendent une éthique et un art de vivre. Ainsi, Louis rejoint une certaine aristocratie de l’artisanat par le noble travail du bois. Entre Inès et Louis, les valeurs partagées sont nombreuses : transmission des valeurs entre générations bien sûr, mais aussi respect du travail des anciens, solidarité et goût de l’excellence. Par ailleurs, ce choix des compagnons m'a permis de mettre en valeur la travail manuel, pratique souvent considéré comme inférieur au travail intellectuel, dans notre société occidentale.

Ce choix du compagnonnage m’a aussi permis, à postériori, de bâtir autour d’éléments matériels qui donnent de la profondeur historique et rythment le déroulement de mon récit : les cathédrales du moyen âge mais aussi la maison Gaboriau et son cadran solaire ainsi que l’horloge de la chapelle Ste Ursule.

Dans l’ultime chapitre du roman, le lecteur découvre l’aboutissement de l’intrigue avec la rénovation de l’aile droite du château. Cette réalisation porte les caractéristiques  des bâtisseurs de cathédrales au moyen âge ; elle y réunit les mêmes acteurs, le même état d’esprit. Elle perpétue les savoir-faire professionnels, les pratiques sociales dont l’importance vitale de l’équipe et son engagement dans la durée et la solidarité. 

Dans la « vraie vie » mon fils a été apprenti compagnon du devoir en 2015 jalonnée par son adoption dans cette communauté. Faute d’employeur, il n’a cependant pas pu poursuivre sa formation d’aspirant compagnon. Cette expérience et son aide m’ont été précieuses pour modeler le personnage de Louis.

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