lundi 15 octobre 2018

Les symboles forts de ce roman


Dans une saga qui court sur deux siècles, la maîtrise du temps est fondamentale. Elle se mesure à l'aune des générations successives des familles de Mortemard et Gaboriau. Le symbole de ce temps écoulé est ici l'horloge de la chapelle St Ursule. Au début du récit, cette horloge est hors d'usage et dégage une certaine tristesse, une certaine nostalgie dans la perception qu'en a Louis. Au 18ème siècle, époque prospère de château Talmont, Jean-Baptiste de Mortemard a fait installer cette horloge dans une volonté de modernité technique et sociale : les châtelains et les paysans ont bénéfié de cette mesure du temps pour partager les moments de labeur comme les moments de joie.
Seul Clothaire, le premier compagnon de la lignée des Gaboriau, a voulu, au début du 19ème siècle s'affranchir de cette horloge. En installant un cadran solaire sur la façade de sa maison, il a remplacé l'instrument de mesure de Jean-Baptiste par son propre cadran en y inscrivant "Désormais, personne entre le ciel et nous".

Au fil du récit, Elisabeth et Louis s'affrontent sur la volonté de remettre cette horloge en marche. Louis dont la découverte du balancier offre une porte sur le passé partagé des deux familles, veut retrouver ce témoin du temps béni d'avant 1793. Lorsque Louis pousse Amaury à essayer le balancier sur l'horloge, le jeune ébéniste pense avoir levé un voile sur un épisode de 1793.  A l'opposé, la comtesse de Mortemard veut mettre à la ferraille cet instrument d'hier pour le remplacer par un instrument moderne, signe d'une page définitivement tournée.
L'ultime chapitre de ce récit révèle qu'Inès a remis en marche l'horloge grâce à Odin, un compagnon du devoir. Inès offre cette surprise à Louis comme une promesse de retrouver la belle harmonie et la prospérité de château Talmont au 18ème siècle.

L'autre symbole fort de ce roman est porté par  "les mains coupées" qui apparaissent sur sa page de couverture. Ses mains portent un triple symbole : d'abord,  elles représentent les arbres généalogiques des familles de Mortemard et Gaboriau. Ces deux arbres évoluent côte à côte et les branches représentées par les auriculaires se rejoignent ; dans les comptines, ce petit doigt est doué de la parole comme un défi au silence installé entre ces deux familles. Ces deux doigts qui se touchent sont aussi ceux d'Inès et de Louis qui veulent briser ce silence. Mais avant ça, "les mains coupées" représentent les organes d'Augustin que les républicains vont trancher. Par cet acte, Augustin ne pourra plus se battre et les épées de ses bourreaux viendront le transpercer de part en part. La trahison d'Honoré envers Augustin apparait d'autant plus injuste et cruelle.

Un autre symbole figure dans le dernier chapitre; il concerne la migration des oies sauvages vers des contrées plus chaude. Dans ce chapitre "Le temps sublimé", j'ai voulu mettre en avant la notion de cycle naturel plus fort que les hommes. Comme mu par un cycle immuable, l'horloge de Ste Ursule fonctionne de nouveau et retrouve sa fonctionnalité d'union, de fraternité entre les aristocrates et les ouvriers qui travaillent sur le chantier de restauration du château.


3 commentaires:

  1. L'insurgé de Montaigu m'a passionnée à plus d'un titre : l'histoire est captivante, le roman très bien écrit et repose sur une recherche historique manifestement importante. Les clins-d’œil à certains personnages de l'entourage de l'auteur apportent une touche d'humour à l'édifice. Mais les valeurs humaines personnelles de Pierre Drochon donnent à ce roman une portée beaucoup plus forte que le seul récit d'une histoire romancée. Pierre-et Isabelle-ne se sont pas contentés de les évoquer, ils ont transmis ces valeurs, si rares de nos jours. Le roman n'est donc pas une fiction, c'est une réalité.
    Un très grand bravo !
    Il ne faut pas s'arrêter en chemin : l'histoire de Louis et Inès ne fait que commencer...j'attends la suite

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    1. Le mystère de l'auteur de ce commentaire n'est dû qu'à un retour difficile au XXe siècle...
      Evelyne P

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    2. Merci Evelyne pour ces commentaires élogieux. Mais je ne sais pas si nous méritons ces fleurs. L'attitude et l'action d'Inès me semblent effectivement très vertueuses mais bien au-delà de ces modestes géniteurs !

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