samedi 15 septembre 2018

En quoi le véritable héros est une héroïne ?


Dans le récit,  Louis apparait rapidement comme le héros qui va se battre pour expliquer le syndrome des mains gelées. Lorsque les aristocrates de Château Talmont s'érigent en adversaire, il persiste dans sa quête. Son mentor Odin lui apporte l'aide dont il a besoin. Le jeune artisan apprend de ses échecs (cf. Chap 12 La désillusion). Louis est une belle personne, discret, travailleur, passionné par son métier et tout en retenu. Sa grande noblesse d'âme nous laisse à penser que nous tenons en lui le héros de ce roman qui va lui permettre de se réaliser. 

Dans le même temps, Inès évolue dans le milieu du droit à Paris. Bien qu'elle soit en quête de sens par rapport à son ascension sociale, on imagine mal ce qui pourrait la faire se retourner sur son passé familial. Pourtant, un parfum de nostalgie puis la perception d'une appartenance profonde à ses racines, vont l'entrainer vers Château Talmont (cf. Chap. 9 Voyage dans le passé).      


Lorsque Delphine (alias Inès) et Louis tombent follement amoureux l'un de l'autre, nous percevons les valeurs qui les rapprochent : donner un sens à leur vie au détriment de l'ambition sociale par exemple, s'attacher à l'authenticité dans leur travail comme leurs vies privés, respecter leurs ainés via leur admiration pour les ouvrages d'art moyenâgeux.  De plus, ils observent la même volonté sournoise de leurs familles respectives à ne pas "remuer le passé" (pour Louis, seul son père s'oppose à sa quête). 


Mais rapidement une petite "musique de la raison" nous ramène sur notre condition d'humain. Tout les séparent : leurs milieux d'origine, elle d'essence aristocratique et lui ouvrier artisan; leurs activités professionnelles : elle, intellectuelle et lui, une manuel; leurs lieux de vie : elle à Paris, et lui dans une modeste ville de province.

La suite du récit  nous donne d'ailleurs raison avec le chapitre 17 "La trahison sans nom". Au-delà de la trahison de la comtesse auprès des parents Gaboriau, nous savons que l'ordre des choses va prendre le pas sur cet amour qui échapperait à des siècles de bien penseurs.
Lorsqu'il apprend qu'Inès l'a manipulé, Louis entre dans une colère noire. Sa confiance, ses sentiments sont floués. Il ne peut pas pardonner à Inès (chap 21 L'inaccessible pardon). Dans un ultime sursaut, il la met cependant à l'épreuve sur son attachement réel. Inès doit alors affronter le terrible dilemme de la loyauté. Elle peut rester fidèle à ses parents, taire un épisode malheureux de 1793 et abandonner Louis à son impasse. Au contraire, elle peut rester fidèle à Louis et assumer la responsabilité des de Mortemard pour une faute commise en 1793.

En assumant pleinement sa responsabilité transgénérationnelle, Inès va brutalement infléchir le cours du silence implacable des de Mortemard. Elle a compris qu'elle doit œuvrer avec Louis car leurs destins sont liées. Sans son action, la quête de Louis est vouée à l'échec. Elle va bientôt pouvoir expliquer la trahison d'Honoré. Avec cette révélation, il va comprendre enfin la culpabilité de Clothaire impuissant devant l'exécution de son père Augustin. Par son choix courageux, elle va contribuer à  la "réparation" de leurs généalogies respectives pour le bénéfice des générations futures. Cette décision constitue le point d'orgue psychologique de ce roman.

Inès incarne la conscience du transgénérationnel en cette fin de 20ème siècle.


En prenant le chantier de rénovation à son compte, elle va démontrer qu'assumer son histoire familiale, loin de constituer un handicap, représente aussi un moteur pour l'avenir. Elle offre ainsi à Louis la possibilité de se réaliser. Cette héroïne porte les valeurs de cette aristocratie vendéenne d'hier et d'aujourd'hui qui tend la main aux autres couches sociales. Elle n'ignore rien du passé qui l'a façonnée et assume sa responsabilité du futur. Plus qu'un symbole, cette Inès fière, généreuse, humaniste et constructive est la Vendée.





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